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Théophanie

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Théophanie

Message par Janus le Mer 5 Sep 2018 - 12:05

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Chapitre 1 : La rencontre …

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Ce dimanche après midi maussade, le parc n’a pour animation que les discrets mouvements des balançoires livrées aux irrégularités d’un léger vent. Retenir la pluie dans le gris du ciel serait son principal mérite, s’il ne décrochait au passage les dernières feuilles jaunies de ce treize novembre deux mille quatre. D’aussi loin que porte sa mémoire, Renée s’est toujours réjouie de ce spectacle, et gamine de courir en les dispersant à grands coups de footballeuse, surtout les congères de feuilles, chose que le conformisme de ses vingt deux ans d’aujourd’hui lui interdit.

Elle s’était habillée chaudement et pourtant commence à frissonner sur le banc. Dans un sens, que les mères soient restées chez elles n’est pas surprenant ; mais la simple idée d’en faire autant l’oppressait.
Comme savent le faire les enfants à l’intelligence lucide, elle avait très tôt réglé la question du bonheur en l’enfermant dans un ailleurs hors de sa portée ; il lui avait fallu la gestion de la médiathèque et surtout les bientôt onze mois d’indépendance dans son deux pièces de service, loin de sa mère, pour pleinement goûter les fruits de sa quiétude.

La médiathèque …
Le maire n’en voulait pas de cette médiathèque, et surtout pas de grever le budget de sa petite ville avec un salaire de plus ; mais il avait dû concéder à son opposition. C’est l’abandon avant licence justifiant un salaire au plus bas doublé d’une disponibilité qu’elle avait su plaider avec enthousiasme devant le conseil municipal au grand complet qui lui avait acquis le poste. Semaine après semaine, mois après mois, que ce soit en étoffant les rayons au moyens de dons et surtout en aménageant agréablement les locaux de ses maigres deniers, secrètement aidée par des employés municipaux dont les enfants bénéficiaient de son aide au devoirs ; elle avait fini par rendre l’endroit suffisamment attractif pour qu’un petit carré de retraitées en fasse un pôle de vie culturelle dont le maire s’était un jour félicité auprès de journalistes, sans même la citer. Elle s’en fichait : pour la première fois de sa vie, personne ne la bridait, la raillait, la dévalorisait, la calomniait ; c’était ça sa quiétude.

Ses semaines étaient remplies car outre son service, ses activités bénévoles périscolaires mobilisaient toute ses disponibilités, excepté les dimanches qu’entachait alors la conscience de sa solitude … C’est pourquoi, les beaux jours, elle allait s’isoler sur un banc du jardin public, loin des jeux qu’elle suivait en feignant lire, participant discrètement à la vie des enfants ; et par temps maussade comme aujourd’hui venait y respirer la vie des feuilles mortes, toujours sur le même banc mais les mains vides.
Elle aimait s’attarder sur une survivante choisie au hasard sur sa branche et faisait sien son destin de bourgeon explosant feuille vert pâle, grandissant vert-mature pour se recroqueviller jaune-rouge avant de se cramponner rouille-fripée à sa tige : c’était elle, ou plutôt l’Adèle qu’elle était avant sa mort.

… … oo OO oo … …

Quelle peinture faire aujourd’hui de cette Adèle ?
Pour ça, il faudrait commencer par illustrer la submersion d’une absence en couvrant au rouleau une toile blanche avec l’encre de chine la plus noire … Puis y implanter selon les jets aléatoires d’une brosse quelques taches écarlates de doute, de culpabilité et de honte … Puis enfin la marquer plein centre d’une grosse éclaboussure glaireuse dégoulinante rouge sang.

L’absence est celle du père « qui n’a pas voulu de nous », monstruosité dont la simple évocation est interdite et qui se fond dans un rejet uniforme du masculin.
Les blessures d’enfances à pleurer « sois forte », à lutter « travaille », à fuir « saute une classe », à vaincre « sois la première ». Adolescente fondue dans l’ombre du sillage d’une mère aigrie, jeune fille solitaire dans une classe de déjà femmes, leurs railleries « bonnet A », « A-prime » devenant « Prima » chez les garçons goguenards.

À dix sept ans, en route pour une licence pro, se barricadant dans sa studieuse excellence pour s’isoler du « Prima » qui l’avait poursuivie en fac, s’en protégeant efficacement jusqu’à ce jour de décembre en troisième année, devant la classe : « Ah ! Parce que vous vous croyez capable d’animer quelque chose ? »
Qu’avait-elle dit, sinon son intention de postuler à l’animation d’une médiathèque ? Et de courber l’échine sous les rires que le sérieux du prof de gestion élevait en puissance ; et cette tare de Philippe d’une voix outrancièrement aigrelette : « Oui M’sieuu, le bal des pucelles » en la mimant à ce point entortillée sur sa chaise qu’il en tomba, ce qui mua le rire en délire général, prof compris. Et d’une fois de plus se réfugier dans l’ivoire de sa tour secrète, mais cette fois blessée.

C’est le surlendemain que lui fut transmise l’invitation que sans cet épisode elle aurait refusée : bal des licence pro – activités et techniques de communication associations et des collectivités, le samedi des vacances de Noël.
« Je vais chez Catherine, sois rentrée avant moi ! » avait permis sa mère ; c'est-à-dire avant minuit.
Bruit, musique percutante, fumée, rires, coca au goût bizarre, rires et rires encore, sortir, je dois sortir, fumée, tohu-bohu de rires, manège de cris, manège de rires, sortir, manège, froid …
… si froid …
… ce banc près du pont des pêcheurs. Le manteau sur les épaules, sensations bizarres, chaussures aux pieds mais jupe collée sur cuisses nues car plus de collant … fesses gluantes sans culotte … tout tourne … rue à gauche … vomir … pas ici … à droite … la clef sous les géraniums … maman n’est pas encore là … pas vomir, douche … vêtements qui tombent, cuisses glaireuses rouges dégoulinantes … vomir à genoux dans la douche … vomir et pleurer.

Les jours qui suivirent, Adèle les avait traversés comme spectatrice d’elle-même, s’écoutant aider aux choix de sa mère pour les derniers cadeaux, se regardant prêter la main aux préparatifs et s’était même surprise à un peu rire aux plaisanteries éculées d’oncle Charles, lors du repas de Noël.
Ce fût pendant les jours d’intermède avant Nouvel An que l’angoissante morsure lentement se mit au travail au fond de son estomac.
Malgré le pénible de la comédie des « Bonne année deux mille quatre », la fête en elle-même ne l’avait pas accablée, au contraire puisqu’elle y redressa pour la première fois une oreille attentive à ce que disait Louis, le mari de Catherine, secrétaire de mairie dans un bourg paumé au fond de la Bruche : « Quand à la mairie j’ai vu les deux candidats, je me suis dit que tu serais bien meilleure qu’eux. Ça se joue devant le conseil municipal jeudi prochain. Je peux t’arranger ça ». « Il lui reste un semestre avant la licence et elle reprend la fac lundi » avait sèchement coupé sa mère.

Cependant, le reste de sa nuit avait été habité par un autre calendrier : celui qui depuis le vingt-huit décembre au matin avait commencé à écrire ses soustractions de quatorze sur les parois de son estomac, au constat de la serviette immaculée qu’elle portait comme d’habitude en prévision. Vingt-sept moins quatorze, ça fait treize, quatorze à partir du vingt-huit, or sa bacchanale date du samedi vingt au soir. Depuis des années, elle était réglée comme une horloge suisse : vingt-neuf ou trente, jamais plus depuis ses quinze ou seize ans. Incrédulité du Mardi trente … Angoisse de la Saint Sylvestre … Panique muette du Jour de l’An … Effondrement du vendredi deux qui moins quatorze fait vendredi dix-neuf.
Elle avait passé la journée du samedi au lit, prétextant un refroidissement que sa mine rendait plausible. Injuste … Trop injuste. Impossible … Mais si. Terriblement possible … Autant que l’avait été le visage ironique de Véronique qui le lendemain du bal sonne chez elle pour lui ramener son petit sac à main : « J’pense qu’il manque rien » avait elle fait en l’entrouvrant, le petit ‘bonnet A’ bleu bien en évidence. Et à la cantonade en repartant sans attendre : « Dis donc, tu cachais bien ton jeu toi ! Heureusement que j’ai pu planquer mon Stéphane, sans quoi ! … ».
Il n’y avait qu’une cinquantaine de participants, mais plus de gars que de filles. Combien devaient-ils l’avoir … ? Trois ? Cinq ? Dix ?
Le mot s’était interdit de lui-même, car si elle s’était rendue là-bas c’était avec l’espoir autant redouté qu’inavoué d’une aventure : le mot « viol » ne lui était de ce fait pas permis.
Restait cette terrible soustraction qui du samedi trois la ramenait au samedi vingt.

« Je suis enceinte » …
Sa mère avait juste passé la tête par l’entrebâillement de la porte pour lui proposer de l’aspirine, et elle s’était entendue lui répondre ces trois mots, lentement, posément, et c’est tout aussi naturellement que les événements prirent alors une teinte d’irréalité faite de hurlements, de gifles, de malédictions.
Elle s’était encore entendue dire : « Je ne sais pas qui » et un peu plus tard « C’est de ma faute ». Elle se rappelle aussi des postillons du « Chienne-catin-de-chienne-tu-n’as-même-pas-l’excuse-de-l’abandon », puis comme l’écho lointain d’un « Lundi-tu-vas-à-l’hopital-te-débarrasser-de-ce-polichinelle », et enfin une porte qui enfin, enfin finit par claquer sur la nuit silencieuse qui commençait à gagner la chambre.

Elle en avait bravé le froid, s’étais mise nue pour revêtir sa longue chemise de nuit de coton, épaisse et blanche comme un linceul puis couchée, laissant la tête seule apparente sur le catafalque du coussin, s’était recouverte du sarcophage de son lourd édredon. Les morts ont les yeux fermés, les siens par la fenêtre se concentraient sur le quartier de Lune dans le taureau qui lentement s’élevait au dessus des toits.
Quitter cette planète. Quitter cette vie.

La lunette d’oncle Charles avait été le cadeau de ses quatorze ans, son plus beau. Depuis, navigant entre oculaire et atlas céleste, le ciel nocturne était devenu son monde d’évasion, de paix, que même par temps couvert elle aimait parcourir en pensée, avant de s’y endormir.  
C’est Saturne qui maintenant émergeait des toits, entraînant les gémeaux à sa suite. Étrange illusion qui le fait se diriger vers Capella, qui elle-même semble tirer le cocher vers Algol, qui avec Persée à sa suite parait sombrer en tournoyant vers la Lune d’un mouvement similaire à son écœurement dans le vortex de la douche …
Le ciel s’était mis en mouvement dans une sarabande formant comme un cône centré dans le taureau qui maintenant lui aussi se déformait et vers lequel plongeait sa conscience, et sur les rives duquel la Lune et Saturne, diamétralement opposés, traçaient comme le bord lumineux d’une cible, tant ils tournoyaient vite.
Elle s’était fondue vers ce centre, de plus en plus vite, si bien que les bords de ce cône avaient fui comme la Lune et Saturne, encore plus vite suivirent des étoiles, et la farandole accélérant encore ce fût au tour des galaxies, puis des amas galactiques suivis des derniers quasars, infiniment plus vite que toute lumière, puis ce fut le noir d’un « rien » qui l’engloutit. Adèle était toujours elle-même, mais comme dissociée du temps qui régit les battements d’un cœur ; elle habitait un temps figé dans l’intemporalité d’un « maintenant » contenant l’ultime dimension réelle d’une conscience qui dit : « Je n’est pas » … « Je » n’a pas la qualité « être ». Chute devenue statique dans la permanence d’un interminable tube qui en perd jusqu’à sa définition ; chute immobile vers moins que la perle du rien de son « je » terrorisé.

Plus tard, Renée lui donnera un nom à la petite éternité de cet état de conscience : « Le puits du désespoir absolu. »

À cet effrayant « néant », Adèle se résigna en se consolant par le souvenir de son amour pour son ciel évaporé, se nourrissant avec joie de cet ultime sentiment émergeant de la vanité d’elle-même.
C’est vrai qu’elle avait si souvent frémi de bonheur de se savoir partager l’amour de ce ciel avec tant de sensibilités méconnues réparties sur Terre ; ciel aimé de tant de consciences pures, saines, généreuses, sororales.
L’ultime perle du néant de son « je ».
C’est alors que brutalement ce rien se retourna sur lui-même, comme une chaussette sur son vide, la submergeant dans ce que plus tard Renée parera des majuscules du sacré : « la Lumière d’Amour ».

L’éveil se fit dans l’instant. Mars dans les poissons, la Lune dans le taureau, Saturne dans les gémeaux, toutes les constellations en bon ordre dans son ciel intact au dessus des toits.
Dans ce qui semblait n’avoir été pour lui qu’un instant, elle avait quitté son corps pour l’intemporalité d’un infini d’où elle émergeait « autre », le réintégrant non seulement vivifiée mais changée ; heureuse d’un bonheur qui n’avait d’égal que l’intensité inexprimable du bleu lumineux de la Lumière d’Amour.

C’est pour faire durer la béatitude de son bien-être qu’elle résista à l’envie de se précipiter dans la chambre de sa mère pour la couvrir de baisers criants son bonheur d’amour. L’extravagance de cette évocation la fit même rire : d’aussi loin que portait sa mémoire, aucun baiser n’avait transmis le moindre « je t’aime ».

Tout lui apparaissait maintenant si serein et surtout si simple. Dès demain, téléphoner à Louis son accord pour la rencontre de jeudi. Elle aurait le poste, elle le sentait, elle le savait. Son chantier depuis si longtemps rêvé : sa médiathèque à construire … Son deux pièces de fonction … Sa fille, car ce ne pourra qu’être une fille !

« Aimée » !!!... Son prénom !... Un prénom permettant l’impossible : « Aimée, sois sage ! » « Aimée, arrête de sauter sur le fauteuil ! » « Aimée, on ne tape pas sa maman ! » « Aimée, maman est très très très fâchée ! »
Marcher en la tenant par la main, et tous les jours lui répéter ce que sa mère ne lui avait jamais dit … « Je t’aime ».
Elle se souvient d’avoir imaginé leurs deux silhouettes avançant dans le bleu de leurs vies … Elle aussi allait changer de prénom : à l’avenir, elle se présenterait « Renée ».
« Aimée et Renée Maurer vous sourient leur bonheur ! »
Elle en avait tressailli d’allégresse.

Ce fut bien plus tard, après le coucher de Mars, qu’elle perçu l’inattendu désagrément. D’un bond, une main pour la lampe de chevet et l’autre pour l’édredon, elle s’était retrouvée à inspecter le drap du dessous, intact, et sa chemise de nuit, elle par contre marquée.
Deux heures du matin, savon de Marseille en main à faire la lavandière dans le lavabo de la salle de bain, triste du rose de l’eau savonneuse : Aimée s’en allait là sous ses yeux, sinon se perdait dans la serviette de sa culotte.
Ce fut la première tristesse de Renée.

Malgré son épais pyjama, elle avait frissonné quelques minutes sous l’édredon, puis s’était relevée dans le noir pour ce qu’elle n’avait plus fait depuis bien des années : aller dans la chambre de sa mère avec l’intention de lui offrir le baiser de tendresse qu’elle aurait tant voulu partager avec Aimée.

C’est à tâtons, très lentement, qu’elle approcha les lèvres du front de sa mère endormie : « Je t’ai entendue » fit-elle sèchement, la stoppant dans son mouvement.
« Je voulais te dire que … » « Je sais. Je te dis que je t’ai entendue tout à l’heure dans la salle de bain : tu as tes règles. Ne recommence plus ! » ; et de la repousser brutalement du revers de la main.

… … oo OO oo … …

Porté par le vent, un lointain crissement des graviers de l’allée des platanes trouble l’attention qu’elle porte à sa feuille, mais Renée s’obstine à ne pas manquer le moment du décrochage qu’elle perçoit imminent, qui de fille de branche la fera aile volante.
Cependant, son instinct de femme prend le dessus : « Crissement significatif de semelles d’homme – danger ! ».
Du coin de l’œil vers sa gauche, malgré les quarante mètres et la capuche de sa parka, il ne lui faut qu’un instant pour l’identifier : le pédophile.
Une vague d’adrénaline la rappelle au réel de sa situation solitaire dans le parc. Elle pourrait encore se lever, mine de rien prendre la passerelle sur sa droite et une fois la Bruche traversée se trouver dans la sécurité de la Grand’Rue. Cependant, un malaise diffus l’en empêche : pourquoi fuir cet homme qu’elle n’avait que perçu victime ?

C’était début août dernier. Elle était là, sur ce même banc. Une discussion de femmes dans son dos, et le ton qui monte : « Vous devriez avoir honte ! » D’autre voix de femmes, puis ce cri : « Salopard ! ». Comme les mamans du banc elle s’était retournée : un homme assis sur le parapet de pierre, dos à la rivière, trois femmes devant lui qui se dandinaient d’un pied sur l’autre et d’autres qui approchaient : une bonne dizaine à converger.
Prenant appui des mains, l’homme lentement s’était soulevé pour se mettre debout face à elles, mais la violente tape d’un poing sur son épaule gauche le mit en mouvement vers la passerelle. Sa tête seule dépassait du groupe, ou plutôt de la meute d’une quinzaine de femmes vociférant.
La plupart s’arrêtèrent au début de la passerelle, mais quatre ou cinq l’escortèrent jusqu’à la moitié et une seule qui fulminait dans son dos jusqu’à l’autre rive. Arrivés là, l’homme se retourna pour semble-t-il calmement converser avec elle.
Sur le banc, les commérages s’animèrent : « J’comprends pas qu’les gendarmes i’les laissent libres » – « J’connais quelqu’un qui connaît bien la femme du capitaine, j’ui dirai » – « Le parc devrait être interdit aux hommes seuls » – « Surtout les types louches comme lui, i’paye pas d’mine, mais i’paraît qu’il est riche comme Crésus » – « Ces sales types se croient les maîtres du monde. » – « J’ai vu un reportage, i’vendent des photos, puis des enfants » – « On devrait les castrer ».
Après quelques instants, lentement, la femme s’en était retournée vers le parc, tête baissée, comme songeuse et sans une œillade pour les autres. Quant à l’homme, ce furent moins les ragots le concernant que ses yeux qui marquèrent Renée. Cinquante mètres les séparaient mais elle se sentit percée, comme mise à nue, honteuse d’une honte d’emblée associée à la photo d’un ouvrage historique : la ruelle d’un village, une femme tondue serrant un tout jeune enfant contre sa poitrine, aussi nu qu’elle, quelques hommes rigolards clope au bec, fusils en bandoulière et brassards FFI, et surtout toutes ces femmes, de part et d’autre, poings dressés, visages haineux, têtes penchées vers la fille, l’insulte figée par l’instantané du photographe.
La honte d’être femme spectatrice de femmes s’appropriant le masculin du mot « bourreau » : honte de voir des femmes bourreau de femme. C’est ce sentiment qu’elle avait retrouvé en croisant son regard.
Puis l’homme avait tourné les talons pour se perdre dans la Grand’Rue.
Elle l’avait vaguement évité depuis, dans les commerces ; mais jamais plus croisé dans le parc.

Renée baisse les yeux, attendant qu’il passe devant elle, mais les pas s’arrêtent sous la forme de godillots qui se plantent devant ses mocassins. Elle en est tétanisée. Puis c’est le surprenant « Bonjour » d’une voix douce et surtout chantante, à la façon du « bonjour » qu’on peut servir à un enfant craintif. Tête figée de doute, elle ne peut s’empêcher de lever des yeux curieux. Il avait rabattu sa capuche comme pour manifester une courtoisie souriante, lèvres serrées mais yeux chaleureux de franchise – magnifiques yeux bleu-vert. Pour ne pas paraître boudeuse, elle redresse la tête mais reste coite : que dire à quelqu’un qu’on souhaite loin ?
« Ça ne vous dérange pas si je ne m’assieds pas à côté de vous ? » Question désarmante qui laisse Renée pantoise. L’homme doit s’en rendre compte car immédiatement poursuit : « Deux minutes comme vous et je me paie une de ces crèves. Chez moi, elles sont dantesques et me cassent pour quinze jours. Rien que de vous voir ainsi me donne envie d’éternuer. » Médusée ! Jamais on ne l’avait encore abordée ainsi. Son silence incite l’homme à poursuivre : « J’en ai une bonne demi douzaine entre octobre et avril. À peu près une par mois. » Renée a toujours détesté les dragueurs et surmonte enfin sa surprise : « Je ne suis jamais malade ». Le type s’exclame : « Ah maintenant je comprends : je capitalise les vôtres ! »
Elle réalise qu’elle n’a fait qu’entrer dans son jeu et peste de sa maladresse : « Je n’aime pas les hommes ». Ça lui était sorti certes à brûle-pourpoint, mais avec le plus grand naturel. Si après ça le type ne comprend pas !
Sa moue, même discrète, lui dit que la tirade à fait mouche, mais il n’a pas pour autant l’air de décrocher : « Moi non plus. D’ailleurs je n’ai jamais compris ce que les femmes peuvent trouver d’attirant chez un homme. Rien que le sexe, ce machin grotesque qui pendouille comme un nez de babouin sur deux grosses joues flasques », et de mimer de son index droit. « Si j’étais né femme, je serais une pure lesbienne ! » Renée en reste bouche bée, tellement surprise que la suite la laisse un instant sans réaction : «  Bon ! Tant pis pour l’éros, mais il me reste encore un espoir avec le philia et l’agapè. Ça vous dérangerait qu’on marche un peu, je voulais vous inviter au salon de thé, mais il est fermé ». Du doigt il avait montré la direction d’où il venait. « Je ne vous propose pas le café de la Perle, bondé et trop bruyant pour discuter, encore moins le café des Vosges. Chez moi c’est impossible et chez vous bien trop compromettant » et à voix basse, comme en aparté : « J’ai très mauvaise réputation ». Après un court instant, il poursuit l’air songeur et dans la tonalité d’une question : « Maintenant, il y a les boissons chaudes du distributeur de la salle d’attente de la gare … mais il y a de l’écho. »
Cette fois c’en est tant qu’elle en pouffe.
Elle avait décidé de se débarrasser de l’importun en jouant la carte de l’indifférence muette et regrette de n’avoir su maîtriser son émotion. Le type ne semble cependant pas vouloir en tirer parti et poursuit : « Je conviens que la gare est glauque, mais pour aborder les questions ultimes qui fondent l’agapè, je pense qu’il faut éviter les lieux trop confortables ou rassurants. Il nous reste encore la cellule de dégrisement de la gendarmerie ou le sommet du Donon sous le dôme étoilé d’une nuit sans Lune. Mais on peut aussi marcher un peu car sincèrement vous me faites froid. »

Il est vrai que sans sa venue elle aurait quitté son banc mais ne veux avoir l’air de lui céder. L’homme semble cultivé, calme et équilibré, de plus un brin original avec son agapè. Elle décide de prendre le risque d’un échange.
    —  Qu’appelez-vous « agapè »
    —  Mais … Le sentiment d’amour universel. Excusez-moi, je pensais …
    —  … … …
    —  Le sentiment d’être en lien avec tout ce qui compose l’Univers.
    —  À découvrir dans la cellule d’une gendarmerie ?
    —  Le désespoir est une porte d’accès, non ?

Ces mots éveillent son attention. Bien bâti, au moins dix ans de plus qu’elle, voix claire un peu chantante pour un homme, surtout de son gabarit, élocution lente à la diction fluide, sans atermoiements. Sa tenue grossière blue-jean chemise à carreaux avec parka de l’armée russe et rangers américaines lui donne une allure de bûcheron que démentent ses mains fines aux ongles propres et surtout sa mine soignée aux cheveux courts, cependant, c’est la profondeur de son regard stable et droit qui l’impressionne.
Ils n’ont pas échangé trente mots et voici que cet inconnu touche sa corde la plus sensible : « le désespoir porte d’accès à l’amour universel ».

Elle avait renoncé à raconter sa vision à sa mère, mais également et surtout à l’oncle Charles, son père de substitution, dont l’écoute incrédule l’avait même un peu déstabilisée. Bien sûr, elle ne s’était pas totalement livrée à lui, ni au sujet du viol, ni de sa volonté morbide ; mais son avis concernant ce qu’il appelait « ton rêve » l’avait dissuadée à conter plus avant son histoire, et surtout à quiconque d’autre.
Or voilà un inconnu qui d’emblée s’aventure dans son jardin secret.

Elle décide de crever l’abcès : « J’étais là en août dernier.
    —  Je sais, c’était pour vous que j’étais venu : vous êtes si difficile à joindre.
    —  Pas tant que ça : du mardi au samedi à la médiathèque.
D’un air faussement détaché, elle avait intuitivement répondu à cette imprévisible confidence.
    —  J’évite les lieux où se trouvent des enfants ; et puis ce serait très compromettant pour vous.
La simplicité candide de cette tirade la laisse muette. Après un instant, il poursuit :
    —  Vous ne comprenez pas car vous avez loupé le tout début du film, l’année dernière un peu à cette période. Les gendarmes avaient démantelé un réseau pédophile grâce à leurs échanges sur le WEB, mais la rumeur disait que des élus et des notables avaient été délibérément ménagés, supposant une sorte de complot. C’est à ce moment que le mur de ma maison a été tagué : je n’ai jamais fait effacer l’inscription. »
Renée connait bien ce graffiti avec sa faute d’orthographe, mais croyait à une banale inscription ordurière et n’avait jamais fait de lien : « Pourquoi ne pas l’avoir effacée ? » Il hausse les épaule : « Je méprise les ragots, laisser l’inscription est ma façon de le signifier.
    —  Il y a eu des suites ? Je parle de ce qui est arrivé au mois d’août.
    —  Le capitaine de gendarmerie a insisté pour que je porte plainte, selon lui seule façon de mettre un terme définitif à cette rumeur, mais ce n’est pas mon genre.
    —  Il me fait peur.
Renée avait réagi spontanément : cet officier au visage anguleux, comme taillé à la serpette, avec sa mâchoire serrée et surtout les yeux glaçant d’une caricature de SS l’intimidait au point qu’elle prenait soin de s’en éloigner lors des réunions à la mairie.
    —  Je vous assure qu’il gagne à être connu. Bien sûr « honneur-patrie-service-devoir » comme tout bon gendarme, mais également un sens élevé de la responsabilité sociétale. Si si, je vous assure, un type fiable … S’il vous plait on peut marcher ? »

Renée ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil à sa feuille, toujours ancrée. En fait, elle imagine Adèle assise là et semblable à la feuille se tortiller sur le banc, les chevilles emmêlées en verrou de ses cuisses serrées, le regard fuyant d’une petite belette fautive, bras croisés sur son ventre, épaules creuses caparaçonnant les pointes des petites mamelles coupables d’avoir attiré l’attention de ... d’un … mâle.
C’est la première fois depuis sa renaissance qu’elle prend pleinement la mesure de sa liberté de femme ; et en éclate de rire à la face de l’homme atypique qui en est le catalyseur. Sa surprise gagne encore en force lorsque celui-ci la rejoint dans son exultation, et sont maintenant deux à se livrer au même délire qui doucement se termine dans l’échange d’un chaleureux regard.
Renée n’a jamais ressenti une telle complicité, avec quiconque : c’est comme si elle retrouvait un vieil ami ; un ami dont elle ne connaît pourtant même pas le prénom : « J’ai entendu une femme citer votre nom ‘Becker’, je vous en prie, ne me dites surtout pas votre prénom, pas avant que je vous le demande, s’il vous plait. » L’homme en sourit : « Vous avez raison. Pour la mairie, vous portez le prénom que vous ont donné vos parents : Adèle, mais à la médiathèque on vous appelle du prénom que vous vous êtes choisi : Renée. Mes parents m’ont appelé ‘Pierre’, mais ne vous dirai mon vrai prénom que lorsque vous le demanderez. »
« Tricheur » s’insurge-t-elle « ma mère m’a toujours interdit de me laisser aborder par un inconnu, c’est pour ça que je ne voulais pas connaître votre prénom ! » « Mais vous ne me connaissez pas encore ! » fait-il avec un sourire sibyllin.

D’un geste à la grâce surprenante, paume vers le ciel, les doigts de sa main droite se déplient, semblables aux pétales d’une fleur qui s’offrirait à une butineuse.
Le regard de Renée y reste un instant posé avant de rejoindre le visage de l’homme … de Pierre. De sibyllin le sourire s’est maintenant fait tendre, d’une surprenante grâce toute féminine.
Renée revient sur la main qui attend, à quinze petits centimètres de sa main gauche. Ce soi-disant Pierre reste ainsi, immobile, comme s’il l’invitait pour une danse.
Elle retourne à nouveau vers ses yeux et les interroge : « Et qui vais-je finalement connaître, docteur Jeckill ou Mister Hyde ?
    —  Ni l’un ni l’autre. Pourquoi me posez-vous une question dont vous savez la réponse ?
    —  Tiens donc ! De source sûre je sais que je ne vous connais pas encore !
Il avait légèrement sourit à l’ironie taquine de sa tirade.
    —  Vous dites ça car vous confondez ‘savoir’ et ‘connaître’ – venez marchons, murmure-t-il. »
Elle n’a subitement plus envie de jouer : « Et moi, vous me ‘savez’ ou me ‘connaissez’ ?
    —  Je sais que vous ignorez la part de moi qui est en vous. Marchons, je vous prie. »

Un très fort courant de sympathie l’avait un instant portée vers lui, mais Renée ressent désagréablement l’assurance séductrice de cet homme qui demeure bien trop étranger pour qu’elle lui agrée la familiarité d’un prénom.

Elle décide de l’éprouver : « Elles sont nombreuses les groupies de votre secte ? »
D’un même mouvement, il fait un pas de recul en se redressant, sa main fuyant d’autant plus vite.
La gravité soudaine de son visage lui dit qu’elle a touché un point sensible, d’autant plus qu’il répond sur-le-champ :
    —  C’est effectivement ma seule véritable crainte.
    —  D’être démasqué ? fit-elle d’un ton presque moqueur.
    —  La dépendance.
Il avait eu un bref sourire appuyé d’un léger mouvement de dénégation avant de répondre, et poursuit :
    —  Je veux dire la dépendance d’un individu souffrant ou psychologiquement faible.
    —  Oh, si c’est ça votre crainte ; rassurez-vous : je ne souffre pas assez pour devenir dépendante de votre médication.
    —  Je sais bien : quelqu’un qui connaît l’illumination est affranchi de tout maître.

C’est la deuxième fois qu’il s’aventure dans son jardin secret.
Étranger ? Certes … Cependant Renée ne le perçoit pas du tout malintentionné or pourtant c’est bien de ce jardin dont l’homme semble en quête, et comme pour corroborer cet avis, il poursuit :
    —  Votre expérience, vous l’avez vécue lors d’une mort clinique ?
    —  Et vous ?
    —  Difficile de répondre car comme la vôtre, ma conscience est duale : une intemporelle qui connait et une autre, liée au temps, qui se sait connue. L’éveil s’est fait lors d’un accident utérin, à mon cinquième mois de gestation. Et le vôtre ?

Renée en reste pantoise.
Son ‘Et vous’ n’était que son astuce de fuite préférée face à une question indiscrète ; elle n’y attendait pas de réponse. Or l’énormité qu’il venait de lui servir avait été dite avec une désinvolture si naturelle que son sens de la répartie s’en trouve anesthésié.
Poursuivre lui demande quelques secondes d’inertie :
    —  Quel accident utérin ?
    —  Vous avez grillé votre tour : on en était à ‘Et le vôtre’ !

Renée commence à se sentir mal à l’aise, d’un malaise différent de celui qu’elle éprouvait tout à l’heure à l'arrivée du prétendu pédophile, lorsqu’elle s’était sentie face à un danger potentiel.
Là c’est différent ; ça s’apparente au sentiment qu’aurait un jardinier voyant un intrus planter des courgettes dans son champ de fraisiers : une frustration indignée.
C’est pour manifester sa décision qu’elle hoche négativement la tête : ce type n’entrera pas dans son jardin secret !
    — Désolée, mais c’est vous qui m’avez abordée. Je suis prête à écouter vos confidences, sérieusement, je veux dire sans en rire ; ma vie privée, par contre …
    —  M’est privée. Après tout, c’est conforme à votre liberté intellectuelle et affective. »
Sa tirade avait été dite sur le ton d’un constat pragmatique ; sans paraitre s’en formaliser.

Il y eut un silence habité du bruissement des feuilles.
L’homme baisse la tête et commence à se dandiner d’un pied sur l’autre, balayant délicatement le gravier comme un enfant bâtissant des dunes. C’est pour résister à son attendrissement qu’elle lève la tête vers sa feuille ... qui n’est plus là. Elle en est à fouiller le ciel à sa recherche des fois qu’elle volerait encore, que l’homme enfin se manifeste : « Ce serait magnifique si chaque individu sur cette planète faisait la même expérience que vous » et après une nouvelle petite dune : « L’Humanité serait autre ».

Cette lénifiante sentence la déçoit par sa mièvrerie, au point que peu s’en faut qu’elle ironise un : « C’est vrai que l’humanité serait très beaucoup plus mieux si tout le monde serait autant gentil que comme nous ». Elle réalise heureusement à temps que l’homme n’évoquait pas une humanité « meilleure » mais « autre » ; certainement en rapport avec ce qu’il avait dit de la qualité « affranchi de tout maître ».

Elle préfère profiter que l’homme ne l’ait pas une nouvelle fois invitée à marcher pour lestement se lever et se diriger vers l’aire de jeu à droite, d’où partent différents chemins dont celui qui conduit vers la Grand’Rue. Elle progresse aussi lentement qu’elle avait été vive à se lever, comme méditative, mais sourit secrètement d’avoir repris l’initiative en lui tournant le dos. Après quelques secondes elle tend une oreille attentive qui lui confirme qu’il ne la suit pas, et se surprend alors à le regretter.
Arrivée au carrefour, elle profite de virer sur sa droite vers la passerelle pour jeter un furtif coup d’œil vers lui : il est toujours là, à cultiver ses dunes du bout des brodequins. Elle continue alors, tête baissée, habitée par un sentiment de perte d’autant déroutant qu’il implique un individu entré dans sa vie il n’y a guère plus de cinq minutes.

C’est plus pour se manifester que pour exprimer un avis qu’elle lui répond, toujours sans le regarder et très fort à cause des quinze mètres qui maintenant les séparent : « Sans subordination, sans hiérarchie, sans centre de décision il ne pourrait y avoir d’organisation structurée ». C’est en vain qu’elle attend une réaction, puis après quelques pas jette une nouvelle œillade pour constater qu’il est toujours devant le banc à faire joujou avec ses graviers. À la limite de crier, elle ajoute : « Votre monde ne serait qu’une foire d’empoigne ! »
À peine la phrase dite, elle prend la mesure de son ineptie et s’attend à une réplique ironique du genre : « Un peu comme celui-ci » ; mais non … Rien.

Elle continue en fixant ses pieds et s’illumine de l’étrange et agréable chatouillement qui la caresse en son sein : pour la première fois de sa vie elle se sent attirée par un homme.
L’ironie de lui tourner le dos ne l’affecte pas car son projet s’échafaude de lui-même : demain, effet de surprise aidant, elle ira sonner à la porte la plus proche du graffiti « JE NIKE LES GOSSES » pour faire sensation.
Elle se souvient avec tendresse des crispations névrotiques d’Adèle qui jamais ne se serait accordée cette latitude, mais réalise également n’avoir jamais ressenti un tel sentiment de proximité avec un homme que tout à l’heure, lors de leur partage d’allégresse.

« Vous dites ça parce que vous confondez pouvoir et autorité ! »
Venant à contrevent, le cri lui arrive comme de loin et la stoppe juste avant la passerelle. Elle se retourne et constate qu’il est toujours devant le banc, mais cette fois la regardant bien en face.
S’en suit la magie d’un regard qui lui ôte toute envie de discuter : qu’il est beau !

… … … …


Dernière édition par Janus le Dim 9 Sep 2018 - 2:42, édité 1 fois
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Re: Théophanie

Message par Janus le Dim 9 Sep 2018 - 2:41

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Chapitre 2 : Le partage …

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S’en suit la magie d’un regard qui lui ôte toute envie de discuter : qu’il est beau !


… … … …

(à suivre ... Arrow …)
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