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Souvenirs de Parténia — Janvier 96

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Souvenirs de Parténia — Janvier 96

Message par Anthyme le Lun 18 Jan 2016 - 21:57

Ce doit être dans l’après midi du 13 janvier 1996…

Pour ce premier anniversaire, il y a du monde à l’aumônerie universitaire de Strasbourg.
La salle principale est comble, et ça déborde dans le vestibule où ça discute ferme.

Georges Federmann vient de remercier Jean-Paul II, non pas d’avoir révoqué Gaillot, mais ce faisant de nous avoir offert une occasion de rencontre.
La salle exulte, on applaudit à tout rompre, on siffle d’enthousiasme : l’ambiance est à la fête ; ils sont tous là, les visiteurs épisodiques de cette année.

Les amis de Georges, bien sûr ; les déconsidérés, les ‘clandestins de la morale’ lesbiennes et gays ; mais pas seulement, les blessés de la vie, les sans droits de la rue et des squats, nord-africains sans papiers pour la plupart sont également de la partie.

Ce ne sont pas les seuls musulmans de la salle, d’autres viennent d’apporter leur témoignage d’exclus du concordat.

Des kippas aussi, présentes en ce samedi.
L’association France/Israël pour la paix ? Pas seulement …
Gaillot était compris au-delà de sa chapelle.

Des catholiques, bien sûr en nombre.
Compagnons de chantier ?... Catholiques du parvis ? Pas tant que ça… Quelques prêtres … quelques compagnes … Mais surtout la ‘catholicité de l’attente’, qui pressent que le temps des messes basses est révolu.

Quelques pasteurs, hommes et femmes qui ne sont pas venus seuls ; le ‘protestantisme du renouveau’ en attente d’un souffle que lui aussi pressent dans cet élan parténien, est là dans l’assemblée.

D’autres ‘présences’ encore plus surprenantes, quelques frères trois points, pour une fois déclarés … Quelques bouddhistes …
Un carré de communistes de la CGT … Des prêtres-ouvriers de la même CGT …
Et quelques atypiques comme moi qui, yeux et oreilles en surprise, se laissent aller à goûter cette fête inattendue.

Une fête ?!
J’ignore comment cet anniversaire se déroule ailleurs, mais à Strasbourg, c’est la fête.

Les orateurs sont vite passés.
Le brouhaha joyeux a gagné le public qui se sent une vocation d’acteur.
On s’interpelle, on plaisante ?... Pour la forme, oui… On parle, on s’écoute, on échange ? Oui … Oui, mais c’est autre chose … Cette chaleur est bien plus que le fruit d’une agitation …

Mon regard est extérieur, en recul, silencieux.

Ici un juif, un musulman et un catholique, ici un protestant, une lesbienne et un prêtre-ouvrier, là un universitaire, un SDF et un cadre de l’industrie encore en costar/cravate.

Je parcours les groupes, en observateur passif ; les barrières … où sont les barrières ??

Des musulmans et des militantes féministes, des catholiques et des communistes, de jeunes anars et un prêtre, un étudiant homosexuel et un rabbin …

Où est le mur … où sont les bornes antiques ?

La tonalité est partout semblable : la joie … Tous se côtoient dans la joie …
Il m’a fallu des années pour en comprendre la nature profonde.

____________________________________

Près de 10 ans plus tard, en novembre 2005, je rencontre un des prêtres, non plus ouvrier, mais à la retraite.

Face à ce toujours prêtre, je me sens obligé de me rendre sur son terrain : je cite la parabole des noces, où l’on reçoit table ouverte, dans un lieu sans porte, sans linteau, sans murs ; revêtu de l’habit de noce de l’acceptation.

Son attention est impassible pendant que je lui remémore cette journée et m’attarde en lui décrivant ce que j’avais compris de la joie du partage d’une victoire commune remportée sur la suspicion.

Il m’écoute, longuement et poliment, en souriant toutefois en coin de m’entendre raconter un bonheur que je n’avais fait que côtoyer en touriste, survoler en étranger ; et de conclure pour moi avec simplicité :

« Moi, c’est comme ça que je vois le monde de demain ! »











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